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Little Bob : nobody’s born to lose

Ce titre d’une des chansons les plus connues de Bob a constitué pour l’indéboulonnable interprète compositeur une sorte de mantra qui l’a aidé à traverser la vie. Celui que les aficionados suivent depuis bientôt une quarantaine d’années, en lui vouant une fidélité jamais démentie, a connu des hauts et les bas qui n’ont jamais détourné le « petit homme » de la voie qu’il s’était tracée dès son plus jeune âge.

Roberto Vincenzo Stefano Piazza


C’est ainsi qu’il s’appelait à la naissance (en 1945), en Italie, dans une famille originaire d’Alessandria (province du Piémont). Il y vécut une enfance heureuse et ensoleillée. Plutôt porté sur le foot que sur l’école qu’il ne fréquentait point trop, signant lui-même ses bulletins. Sa petite taille lui valait bien quelques plaisanteries désobligeantes de la part de ses camarades, qu’il oubliait en tapant dans le ballon sur la place du monument aux morts. Ce qui était interdit, mais « c’était fun, je goûtais au souffle de la rébellion et de l’insoumission », se souvient-il. Une maman très jolie, un père qui mènera à la faillite le petit magasin légué par son propre père.
À trente ans, donc, papa est ruiné et a la charge de trois enfants : une fille et deux garçons. Il a alors le choix entre l’Inde et la France, où au Havre on embauche. Il s’y rend, s’installe seul et devient ouvrier métallurgiste.
Maman et les trois enfants débarquent à la gare de Lyon en mars 1958. Grisaille, pluie, pavés mouillés, neige hivernale accueillent les arrivants dans la banlieue du Havre : c’est tout de suite le « blues » pour Roberto, qui tente de suivre les cours Pigier, où il fera de gros efforts pour apprendre le français. Même s’il se fait des amis grâce au foot, il demeure le « macaroni » de service et prend des gnons. Coup de bol (le destin ?) un trimestre entier de cours d’anglais, la langue des juke-box : il écoute surtout Presley. Hallyday, idole des années 1960, le laisse indifférent car il chante en français ! Grâce au rock, et surtout au « rhythm and blues », il perfectionne son anglais : une passion est née.
À 16 ans, il doit travailler pour aider la famille : embauché comme coursier, il ronge un peu les barreaux de l’échelle sociale et se retrouve dans un bureau. Son chef lui permet d’aménager son temps de travail, et il peut faire ce qui lui tient à cœur : monter un groupe de rock, estimant que c’est le bon moment pour se lancer dans la vie et affronter le regard des autres.

Little Bob


Notre ami découvre alors les « rockers » français, qu’il n’apprécie guère, car ils ne font que de la copie, tandis que lui parfait sa culture avec les Anglais et les Américains, prend des pauses devant sa glace et concocte enfin son premier groupe, Les Apaches. Ils répètent le soir après le turbin, traversant la ville avec leurs instruments. Parfois, sa sœur qui a le permis, les voitures… Débutent alors la tournée des MJC (maison des jeunes et de la culture qu’instaura Malraux), les bals dans toute la région. Travail, musique, concerts à Paris lui bouffent tout son temps. Enfin, une prestation au Golf Drouot, la Mecque des rockers, le fait connaître. Bien sûr, tout ça ne rapporte pas un sou : sa paie d’agent administratif lui suffit. Une constante dans sa vie : il ne court pas après le fric !
Il habite chez ses parents, qui le soutiennent inconditionnellement. Et la presse locale également. Il s’use les doigts sur une mauvaise guitare : mais rien ne l’arrête, porté par sa foi inébranlable. Je ne détaillerai pas la longue litanie des groupes, ça fatiguerait les lecteurs… qui n’ont qu’à lire le bouquin.
Avec un énième groupe, il exige que « Little Bob » soit accolé à leur nom, façon d’affirmer que c’est lui le chanteur-leader. Pas d’enregistrements de cette époque (1960/1970) : il s’en fout, ce qui compte pour lui c’est de se produire sur scène. Et les nanas commencent à le regarder. Parfois les flics interviennent car pour eux « le rock n’adoucit pas les mœurs », surtout quand il y a de la castagne.
En 1974, il signe enfin un contrat : comme tout novice, il se fait avoir dans les grandes largeurs.
Il continue à traverser le pays : pour assurer, il s’envoie amphétamines, cocaïne et alcool. Surtout lors-qu’il entreprend une tournée dans les pubs à musique de l’Angleterre : une reconnaissance, pas d’argent, même si un disque live est enregistré, suivi de concerts à Toulouse, des invitations au Pop-Club de José Arthur, des articles élogieux : mais pour lui toujours la galère. Lorsqu’il a trois sous, il en file 2,9 aux musiciens. Tout cela finit par nuire à la cohésion du groupe, et il doit changer souvent de musicos, qui s’égaillent et forment leur propre groupe. Mais il devient enfin « Little Bob Story ».

En route vers la gloire ?


Une telle ténacité finit par porter ses fruits. En vrac : il fera la Fête de l’Huma, l’Olympia ; il tournera à Los Angeles, en Afrique où il est triomphalement accueilli, également à Madagascar, qui garde dans son cœur une place particulière. Mais encore la Russie, devant un public bigarré, moult vodkas et sono pourrie... Jouera avec les grands du rock qu’il admire (Mink Deville, Dr Feelgood…), réalisera quelques clips (qu’on ne verra jamais). Bon, tout cela ne fait pas des grosses ventes de disques, et la Sacem oublie de le rémunérer, ce qui ne décourage pas les impôts qui lui font subir des contrôles fiscaux : rien à récupérer, évidemment. Enfin, une vraie maison de disque « Musidisc » s’intéresse à lui. Disons que 1990 sera une grande année. Il se rend compte que la nouvelle formation de la « Story » ne correspond plus à ses aspirations musicales. Il rencontre l’amour de sa vie, « Mimie », qui s’occupe de toute la paperasserie. Il signera son meilleur disque en 1990, « aussi envoûtant et moite que déroutant de sa part ». Il s’agit de « Lost Territories » « Ni donneur de leçons, ni conscience des causes perdues, il focalise toute son énergie pour la pérennisation d’un rock and roll qu’il sait rendre magique et indéboulonnable ».1993 se passe dans de bonnes conditions : Eurockéennes, Francofolies. Vingt ans déjà : cela mérite un peu de repos. Il n’a plus de maison de disques : et bien il « bricolera » tout seul, assurant enregistrement, promo, pratiquement dans sa cuisine, soutenu par sa douce compagne, pour le très beau « Blue stories » : des histoires tristes de SDF, ou d’amour nostalgique, inspirées de l’écrivain John Fante.
Et puis bon, il se marie enfin en 2001, et surtout… il chante pour la première fois en Italien. « Libero » (le prénom de son père) et enfin « Slaves to the Beat », où il affirme : « Je suis un rebelle qui a une cause, je dois prouver que le rock and roll jamais ne mourra. » Mission accomplie. Suivra un disque très « stoogien » (référence au groupe d’Iggy Pop) « The Scream of the Ghost », contenant plusieurs chansons italiennes : une aventure qu’il ne rééditera point. Toujours sur la brèche, il donnera des concerts en Angleterre.
Il rejoue en Angleterre, mais l’exaltation des débuts a disparu : le fric, les maisons de disques et leur promo tout azimut, les nouveaux sons (house, etc.), le numérique : ce n’est pas pour lui… Nous voilà donc arrivés au 30e anniversaire du groupe : avec le fameux « Time to Blast » : un disque porteur d’une colère ambiante, reflet du monde comme il va mal. Non, il ne s’encarte pas ! Un tournant dans la vie de notre héros : il s’indigne ! Et n’hésite pas à clamer : « Kick them Asses ! » Avec « Take it as it comes » (prends–le comme ça vient), il avoue : « Même si je fais le fier, j’ai quand même de grands moments de découragement. »
Bob, cependant ne mollit pas : soixantenaire (plus en forme que notre “Jauni _ national”, comme il l’appelle), tant qu’il aura la passion, la force, le courage, il continuera. La seule chose qui l’arrêterait serait de perdre la voix. Dans une interview, il dit en gros qu’aujourd’hui il est retourné dans « l’underground » du rock, avec des racines dans le blues, assez tribal et très vrai : c’est formidable, parce qu’on peut dire (crier ?) tout ce qu’on veut.
« Yes, you can ! » Bob.

mardi 29 mars 2011, par Jeanne Folly